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10 octobre 2006
CHIMIE DANS L'ASSIETTE
LUNDI 4 JUIN 2007 18H45 au Café de la Cloche.
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(Modérateurs : Fanny)
14:45 Publié dans LES CAFES EN PREPARATION | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note


Commentaires
1- De l’usage des pesticides : formation, déontologie, éthique
1.1 De l’usage des pesticides
L’usage de pesticides a contribué à nourrir et soigner la population mondiale qui ne cesse de progresser (de 3 milliards en 1950 à 6 milliards en 2000).
Le nombre des produits phytopharmaceutiques, leur toxicité et les moyens de diffusion concernent l’ensemble de la planète. Se pose un problème relativement nouveau celui de la toxicité chronique que l’on ignorait ou feignait d’ignorer jusqu’à présent.
La mise au point de nouvelles techniques analytiques, permet aujourd’hui de détecter des traces infinitésimales de l’ordre du pico-gramme, tandis que l’Union Européenne en reste au micro-gramme1 sans tenir compte de la toxicité relative des substances qui peuvent interférer entre elles.
Le sujet qui nous préoccupe ne se rapporte pas à des considérations techniques, mais pose le problème de la recevabilité restrictive de la législation.
Considérons le mode rédactionnel de la directive suivante (aujourd’hui abrogée).
Directive 76/895/CEE du 23/11/1976 fixation des résidus de pesticides sur et dans les légumes 2 :
Attendu >.
Article 1er : La présente directive concerne l’alimentation des hommes ...
Article 9 : ... ne s’applique pas aux produits destinés à l’exportation vers des pays tiers.
Cette directive :
• préconisait l’usage de poisons à des doses compatibles avec les objectifs du court terme, mais pouvant se révéler dangereuses au fil du temps.
• vise à protéger les ressortissants de la Communauté, se limitent à ses frontières, sans considérant pour la notion de citoyen du monde.
Un problème d’éthique est posé, nous allons nous expliquer par le biais d’un parallèle entre les professions de santé...
1.2 Formation du personnel de santé
Les soins dispensés dans le domaine médical, (qu’il s’agisse de médecine humaine ou animale) nécessitent un apprentissage long. Les professionnels concernés reconnaissent un code de déontologie ;
Qu’en est-il pour les agriculteurs et apprentis phytothérapeutes ?
La société de phytiatrie pronostiquait en 1951 cette tendance :
B. Ledroit soutenait en 2000 3
L’agriculture en effet, ne pas fait pas l’objet d’une reconnaissance comme celle des professions de santé, respectueuses d’une déontologie définie au sein d’un ordre professionnel.
Les actes de la profession sont en France dictés par la loi 92-533 du 17 juin 1992 qui impose aux distributeurs et applicateurs de produits phytosanitaires un agrément délivré pour 5 ans ; dès lors qu’ils attestent de leur compétence, notamment par la production d’un diplôme.
(L’annexe de l’arrêté du 26 octobre 1998 précise la liste des diplômes permettant d’obtenir le certificat des applicateurs et distributeurs de produits phytopharmaceutiques) 4 .
Dans la pratique la portée de cette formation n’a rien de commun avec celles dispensées en médecine humaine ou animale. Tandis que les produits utilisés en agriculture sont plus dangereux et qu’ils affectent l’ensemble de la population. Nous savons également que certains pesticides compromettent la pérennité des espèces.
L’Institut de médecine légale de Strasbourg publiant en 1999 ses résultats 5, introduisait le sujet de la façon suivante :
1.3 La déontologie peut être prise en défaut
La déontologie est ce qu’il convient de faire... elle se réfère à l’ensemble des règles morales des professions organisées (médecins, architectes vétérinaires, notaires) à qui l’individu confie ses biens les plus précieux notamment sa santé.
Tandis que le médecin utilise des médicaments en usage individuel, délivrés sous le contrôle du pharmacien ;
L’agriculteur se procure librement des poisons sans suivi ni contrôle. Aliénant par ses épandages des aliments destinés à la consommation de toute une population.
Pour se fixer les idées :
L’atropine, est l’antidote des pesticides organo-phosphorés, d’un usage strictement contrôlé : - ordonné par le médecin
- délivré par un pharmacien,
- administré à la dose unitaire de 0,25 mg.
Le médicament inscrit sur liste des produits dangereux 6 est détenus dans des locaux appropriés sa prescription doit être enregistrée.
L’endosulfan 7 insecticide (toxique inscrit au tableau “A”) est beaucoup plus dangereux, la dose admissible tolérée est de 0,006 mg reste en vente libre dans de nombreux pays (il est aussi interdit chez ceux qui en fabriquent). Tout acheteur peut se procurer de Paris à Nouméa le produit par bidon de 20 litres et l’utiliser à son gré.
Le Codex alimentarius répertorie 197 pesticides dont 30 inscrits au tableau A , il dénombre également 53 médicaments : aucun ne figure au tableau A.
Ce qui laisse à penser que l’usage des produits les moins dangereux est réservé aux spécialistes.
La déontologie ne suffit pas si les hommes ne témoignent pas d’une capacité à résoudre les problèmes d’éthique qui se poseront immanquablement et de plus en plus souvent dans leurs entreprises qui affectent aujourd’hui l’ensemble de la planète.
1.4 L’éthique n’a pas pris le relais : L’éthique8 est un héritage culturel de plusieurs millénaires relatif à la morale et aux mœurs. Depuis les années 80 on constate que cet héritage doit être adapté de façon permanente. La mondialisation 9 relayée par la communication alimente quotidiennement notre réflexion ébranlant les principes légués par les anciens.
Cependant l’éthique ne peut être universelle, elle se rapporte à une culture et une époque, elle est fluctuante et s’envisage sous la forme de problèmes posés à l’homme dans ses entreprises.
Le souci d’éthique ne doit pas être confondu avec la formulation des règles de conduite propres à la déontologie. Il relève d’un comportement qu’il faut adopter sur le champ devant une situation qui pose problème, que n’aurait pas résolu la norme en vigueur.
La prolifération des molécules dangereuses et les comportements associés obligent à une remise en cause des critères traditionnels parmi lesquels on ne distingue pas toujours le bien et le mal.
Agis de façon que les effets de ton action
- soient compatibles avec la permanence d’une vie sur terre,
- ne soient pas destructeurs pour la possibilité d’une telle vie
- ne compromettent pas les conditions pour la survie de l’humanité
- Inclus dans ton choix l’intégrité de l’homme. H. Jonas
L’éthique est enseignée dans les pays anglo-saxons depuis 30 ans. En France la notion n’a pénétré que le monde médical.
La législation française n’est pas adaptée. Elle fait valoir essentiellement la propriété privée 10 en se focalisant sur l’argent elle reste incohérente quand elle néglige les biens communs (l’air et l’eau et le sol ) qui peuvent être accaparés ou transformés en vecteurs de risque chimique capables de nuire à d’autres intérêts particuliers...
Sans vraiment chercher à reconnaître l’origine des troubles. Il va de soi que le pollueur modifie la nature du bien commun, pouvant le rendre impropre à son usage habituel.
Jean Ladrière 11 spécialiste de ces notions précise que dans un passé récent l’éthique ne reposait que sur le “ spéculatif ” pris dans le sens de bénéfice et d’intérêt (c’est ce qui explique le style rédactionnel du code pénal français fondé par une approche utilitariste de l’individu).
Aujourd’hui l’éthique doit être considérée comme une démarche spéculative selon le sens philosophique impliquant une appréciation globale sur les conséquences d’un acte.
Hans Jonas, dans Le principe de responsabilité écrit :
J. Ladrière nous invite à considérer dans une situation qui pose problème, le caractère “existentiel ”
qui se caractérise comme les Principes fondant la loi, par une dimension supérieure à celle-ci.
Nous en retirons une méthode convenant à la prise de décision, passant au crible trois critères identifiant la cause existentielle : la corporalité, la temporalité, et l’altérité. S’ils sont conjugués la loi doit s’effacer et permettre la prise de décision.
La corporalité (corps de l’humanité ) touche à l’existence, c’est à dire à l’héritage bâtit et légué par nos ancêtres. (La loi n’est pas faite pour exister mais pour que nous existions)
La temporalité fait que cette existence doit s’envisager en destinée. Une décision (acte ponctuel) doit être porteuse du vouloir de préserver l’être dans son intégralité... (La loi est faite pour nous continuions à exister)
L’altérité commence par soi même et assume celle d’autrui. La signification existentielle d’une décision affecte l’individu qui la prend et celle de toute la communauté. (la décision est un acte d’ingérence)
Dans une situation problématique, (carence de la déontologie défaut de la loi, absence de règlement) il s’agit de savoir si la situation compromet chacune de ces trois dimensions, l’affirmative justifie la décision à portée existentielle.
Le préambule de la directive de la CEE relative aux résidus de pesticides dans les fruits et légumes pose un problème existentiel : bien qu’elle se réfère au possible, en visant le respect de l’existence de ses ressortissants ; elle affecte la trilogie par exclusion d’une une part de l’humanité compromise par un défaut de citoyenneté.
1.5 Proposition
L’usage de pesticides dangereux pose le problème de la pérennité de l’espèce humaine. Vu le nombre de substances en usage il semble que l’élimination des molécules les plus nocives ne poserait pas de souci aux agriculteurs. C’est ainsi que l’on pourrait dresser la liste des polluants à bannir dans l’alimentation en interdisant l’usage de :
- l’ensemble des produits classés au “tableau A” (Liste 1 de la classification française)
- dont les 38 pesticides figurant parmi les 100 produits les plus dangereux pour l’espèce humaine, selon Agency for toxic and Diseases Registry ATSDR.
2 - Quelques exemples concrets :
2.1 ) La législation des pays développés vise à garantir la santé de leurs seuls ressortissants.
Nous avons vu que la juxtaposition des articles 1 et 9 de la directive 76/895/CEE relative à “ la fixation des résidus dans les légumes ” révélait un problème d’éthique, par exclusion d’une partie de l’humanité des avancées réglementaires reconnues nécessaires, au bien être des hommes.
Il en est de même de la directive 82/471/CEE du 30 juin 1982, concernant
“ certains produits utilisés dans l’alimentation des animaux ”
Ses attendus consolident cette inquiétude :
>...
Tandis que les populations des pays moins développés souffrent encore des pesticides organo-chlorés interdits “ chez nous ” depuis de nombreuses années (1972 pour le DDT).
La préoccupation constante de recherche de bien être ne concerne pas l’humanité mais la citoyenneté, cette dernière constituant paradoxalement12 un motif d’exclusion.
2.2 La précocité pubertaire des enfants immigrés pose problème
C’est ce que nous ont révélées les journées internationales de toxicologie hospitalières tenues à Liège les 25-26 octobre 2001.
Les populations contaminées par des poisons fabriqués dans les “ États Unis d’Europe ou d’Amérique ” font l’objet de préoccupation à l’instar de leur récente installation au sein de nos communautés.
Ce sont les pesticides organo-chlorés qui sont incriminés.
La publication du service de toxicologie clinique du CHU de Liège13 nous révèle qu’entre 1989 et 1997, 145 patients ont été pris en charge pour puberté précoce, 28 p. cent de ceux-ci étaient d’origine étrangère provenant de pays en voie de développement. C’est ainsi que l’incidence de ce dysfonctionnement est de 0,8 % chez les enfants immigrés contre 0,01 % chez les enfants natifs de Belgique.
L’étude implique des facteurs environnementaux, les dérégulateurs endocriniens, notamment le DDT et ses dérivés.
Notons que des enfants concernés nés en Belgique ont été contaminés par le lait de leur mère, celle-ci provenant de pays en voie de développement, la contamination par le DDT ayant eu lieu dans leur pays d’origine.
2.3 Les pesticides perturbateurs endocriniens (journées internationales de toxicologie hospitalières)
La communication de Corinne Charlier conforte des hypothèses qui pour la plupart sont devenues des faits avérés relatifs aux cancers mammaires et testiculaires, et à l’hypo-fertilité masculine.
Elle rappelait ce qui constitue une invective posant aussi un problème d’éthique :
>.
2.4 Les intoxication à l’aldicarbe préoccupent le Nord de la France
(journées internationales de toxicologie hospitalières)
Cette communication émane du Centre antipoison et de l’Institut de médecine légale de Lille 14 affichant les résultats suivants :
2.5 Le ministère relativise les chiffres sur la présence de pesticides dans les fruits et légumes
La publication de la Commission Européenne15 montrant que la présence de résidus de pesticides dans la moitié des fruits et légumes* consommés en France a donné lieu a des réactions contrastées sur l’enquête qui portait sur 40 000 échantillons, révélant que 41 % des produits analysés contenaient des résidus de pesticides et 8 % dépassaient la limite autorisée.
Ces résultats placent la France au dessus de la moyenne européenne...
Le ministère précise pour se défendre :
> .
Ces faits n’ont pas ému les consommateurs, car la fibre sensible n’est qu’émoustillée, elle le serait davantage s’il s’agissait d’eau, de lait, d’aliments pour bébé ...)
Elle la été si ce lecteur
- fait partie intégrante des 4 % de victimes atteintes par ces produits.
- si les malformations congénitales, cancers, anomalies de la reproduction, grossesses à problème ont pu le toucher ou atteindre son entourage...
il estimera alors être dans un cas de figure comparable à celui des victimes de l’amiante.
La différence essentielle entre l’amiante et les pesticides porte sur le nombre des particules ou molécules mises en causes. Le milliers de pesticides périgrinant autour de la planète peut interférer de façon synergique ou potentialiser les effets dévastateurs.
Les effets ne se révèlent parfois qu’à partir de la troisième génération. Les premières utilisations agricoles des pesticides constituaient une retombée de la mise au point des armes chimiques utilisées durant les guerres (organo-phosphorés cousins des gaz de combat en Europe, Désherbants hormonaux de la famille de l’agent orange au Vietnam, utilisé en tant que défoliant).
Le “ principe de précaution ” voudrait que sans attendre on interdise l’ensemble des molécules inscrites sur les tableaux A et C (liste 1 et 3) représentant la panoplie des produits les plus dangereux.
Le nombre des molécules moins dangereuses (non inscrites sur l’une de ces listes) est encore suffisant pour pratiquer une agriculture consommable.
2.6 Les accidents du travail : Petit jeu de l’astérisque *
Dans un article portant sur les risques de l’amiante (Le Monde du 8 août 2001) nous avons remplacé le mot“ amiante” par “ pesticide ” pour obtenir la rédaction suivante :
Bernard Ledroit
Ecrit par : Bernard | 31 mars 2007
Les nombres disséminés dans ce texte correspondent aux références bibliographiques, les tableaux de chiffres n'y figurent pas.
Les mentions de "tableau A" ou "liste 1" correspondent aux produits classés T et T+
Ecrit par : Bernard | 31 mars 2007
>
Ecrit par : Bernard | 31 mars 2007
Merci de votre commentaire, mais nous n'allons pas traiter de cette thématique. Nous souhitons plutôt aborder ce débat sous les procédés chimiques, physiques et biologiques mis en oeuvre dans la réalisation de la cuisine et de sa dégustation.
L'idée est plus de traiter su sujet de la cuisine moléculaire. Cette nouvelle tendance à utiliser les sciences pour créer de nouveaux plats.
Ecrit par : Florent 1001 sciences | 04 avril 2007
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